La France doit prendre une initiative forte pour la paix au Haut-Karabakh

Dans la nuit du 1er au 2 avril, après que les hélicoptères, chars, et drones de combats de l’armée azerbaïdjanaise ont été mobilisées pour attaquer les positions arméniennes au Haut-Karabakh, des affrontements violemment meurtriers, comme il n’y en a pas eu depuis la signature du cessez-le-feu, en 1994, ont eu lieu faisant de nombreuses victimes arméniennes et azerbaïdjanaise ‎ sur la frontière transformée, en ligne de front.

Malgré les appels au calme de la communauté internationale, les combats se sont poursuivis dans une indifférence quasi-générale, une fois de plus. Cela fait plus de vingt années, que, très régulièrement, l’armée azerbaïdjanaise‎ teste la solidité des lignes de défense arménienne, réinvestit la manne pétrolière dans une course délirante à l’armement – le budget de la défense azéri étant supérieur à l’ensemble du budget de l’Arménie – et entretient une rhétorique belliqueuse fondée sur la haine de l’Arménien : en 2012, Bakou obtenait de la Hongrie de Victor ORBAN, l’extradition du soldat azerbaïdjanais Ramil SAFAROV, condamné à la prison à perpétuité pour avoir tué à la hache son homologue arménien lors d’un séminaire à l’OTAN à Budapest en 2004, lequel fut immédiatement gracié et élevé au rang de héros national en Azerbaïdjan.

Les combats de ces derniers jours ne peuvent être regardés comme le franchissement d’un nouvel échelon de tension entre les deux pays, mais bien comme une première étape dans une escalade vers la reprise de la guerre. Ils minent l’action résolue du groupe de Minsk, mis en place au lendemain de la guerre, qui, pourtant, ne ménage pas ses efforts pour rechercher une issue mutuellement profitable au conflit. Ils s’inscrivent dans un contexte marqué par un rehaussement de la tension régionale et du conflit larvé qui oppose la Turquie, qui a fait part de son soutien inébranlable à l’Azerbaïdjan contre « l’ennemi ancestral », et la Russie dont l’Arménie se trouve bien obligée de demander la protection.

Face à cette situation, la France ne peut rester attentive et s’en tenir aux déclarations de circonstance, forcément inaudibles dans ce conteste.

Notre pays est une terre d’accueil pour les Arméniens. Nul ne connaît mieux l’effet du sentiment anti-arménien qui se traduit en Turquie par une politique négationniste active du génocide arménien et a généré en Azerbaïdjan, des pogroms faisant 30 000 victimes arméniennes en 1988 et qui sont à l’origine du mouvement d’autodéfense du Haut-Karabakh. En outre, à l’occasion des combats de ces dernières heures, un couple d’Arméniens nonagénaires qui n’avaient pas pu fuir leur village pris d’assaut par les troupes azerbaïdjanaises, furent retrouvés assassinés, l’oreille déchirée, attestant de manière dramatique que la haine anti-arménienne s’avère toujours aussi intacte au-delà de la frontière. Au cours de ces dernières années qui firent plus de victimes que durant toute la guerre, les réfugiés arméniens sont venus massivement demandés l’asile dans notre pays. Compte-tenu de son histoire forte qui la lie aux Arméniens, cent ans après le génocide, la France ne peut rester apathique face au risque que des crimes de guerre se déroulent, de nouveau, à l’encontre de populations arméniennes.

La France est, en outre, co-Présidente du groupe de Minsk, elle ne peut accepter que son action pour rechercher une issue au conflit soit ruinée par une nouvelle escalade. Même au plus fort de sa domination, lorsque l’armée azérie était en déroute, l’Arménie n’a jamais souhaité étendre son action au-delà d’un périmètre qui garantisse un foyer d’existence pour les populations arméniennes des montagnes du Haut-Karabakh. Si la France veut agir efficacement pour obtenir une solution équilibrée, conforme à ses valeurs, elle doit prendre des positions suffisamment fortes pour dissuader l’Azerbaïdjan de reprendre la guerre. Etant donné que dans ce contexte le Groupe de Minsk, à la légitimité incontestable, ne peut plus travailler, les autorités françaises doivent signaler que toute poursuite des combats se traduira par une reconnaissance unilatérale de la République du Haut-Karabakh. C’est la condition essentielle pour obtenir un retour au calme et à la « désescalade ». C’est aussi une exigence pour que les populations civiles, arméniennes comme azerbaïdjanaises, cessent de subir, de manière inéluctable, les conséquences des vicissitudes des relations turco-russes qui empoisonnent la région et obèrent toute perspective de résolution du conflit. C’est enfin une nécessité pour démontrer que le renforcement des relations économiques et commerciales entre Paris et Bakou, constaté ces dernières années, ne s’est pas fait au détriment de la paix et du droit inhérent des peuples à disposer d’eux-mêmes.