Le discours de rassemblement de Manuel Valls à La Rochelle

Manuel VALLS en visite à Nîmes, en juillet 2013.
Manuel VALLS en visite à Nîmes, en juillet 2013.

Voici le discours du Premier Ministre, Manuel Valls, à l’occasion de la clôture de l’université d’été du parti socialiste.

C’est un discours de rassemblement des socialistes et des Français au service du redressement de notre pays.

Il est débute par un hommage à la mémoire de notre camarade et ami Christian BOURQUIN, récemment disparu.

Cher Jean-Christophe, Chère Laura,
Cher David,
Chers amis,

Il y a deux jours de cela, j’ai ressenti une très vive émotion. Je veux la partager avec vous.

J’étais dans les Pyrénées-Orientales, dans le joli village de Millas, aux traits si catalans. La foule était importante. Emue. Silencieuse. Rassemblée.

Nous étions là pour un dernier au revoir à notre camarade Christian BOURQUIN, président de la Région Languedoc-Roussillon.

A tour de rôle, nous nous sommes exprimés. Je l’ai fait au nom du gouvernement. Et j’ai écouté les messages si personnels, si touchants de mon ami Jean-Claude GAYSSOT et de toutes les autres personnalités de la région.

Nous étions tous rassemblés, telle une famille, dans le souvenir d’un militant, d’un élu, d’un homme de gauche engagé au service de la collectivité.

Si je vous parle de cela, c’est parce que s’est imposée à moi, dans ce moment-là, dans cette cérémonie républicaine et laïque, une évidence que je voulais vous transmettre : ce qui fait une famille, c’est une histoire partagée, c’est la solidité des liens.

C’est la capacité à se rassembler. Car ce qui nous unit doit être plus fort que nos différences.

C’est aussi la capacité à se retrouver, pour se parler et envisager ensemble l’avenir ; le réinventer.

Aujourd’hui, devant vous, dans des circonstances très différentes bien sûr, et heureusement, je ressens également une émotion. Parce que je m’exprime, pour la première fois en tant que Premier ministre, devant ma famille politique rassemblée. Parce que je m’adresse aussi, à travers vous, à l’ensemble des Français.

Nous gouvernons. C’est la mission que les Françaises et les Français nous ont confiée, le 6 mai 2012, avec l’élection de François HOLLANDE.

Gouverner la France, c’est un immense honneur.

C’est surtout une très grande responsabilité. Elle est d’autant plus grande que nous gouvernons dans une situation particulièrement grave. A plusieurs titres.

D’abord, au regard du contexte international avec sa succession de crises: diplomatique, humanitaire, sanitaire, climatique.

Les tensions entre l’Ukraine et la Russie, l’enlisement du conflit au Proche-Orient, les massacres en Syrie, la terreur en Irak, l’essor du virus Ebola en Afrique de l’Ouest … jamais peut-être nous n’avions été confrontés à une telle intensité, et à une telle simultanéité.

Ces crises déstabilisent des pays, des régions entières, dans lesquelles la menace terroriste gronde. Et dans un monde globalisé, ces crises ont nécessairement un impact sur nos sociétés.

Gravité aussi en raison de la crise économique : croissance en berne en Europe, et chômage de masse, notamment en France.

Et à la crise économique et sociale s’ajoute une autre crise. Une crise moins visible, plus sournoise, plus profonde : une crise morale, une crise d’identité, une crise civique, une crise de confiance.

Car ce monde en pleine mutation fait vaciller les certitudes, les repères.

La crise d’identité, c’est aussi une crise de nos valeurs : montée de la violence, des incivilités, de l’individualisme, des revendications communautaires.

La gravité du moment nous intime l’ordre de nous hisser à la hauteur des enjeux.

Oui, nous gouvernons dans un moment difficile. Et notre premier devoir, c’est de l’assumer. Avec lucidité.

L’angoisse des Français est là. Il y a aussi une colère sourde. Elle s’est manifestée dans les urnes en faveur du populisme, de l’extrême-droite, ou par l’abstention.

Je comprends que beaucoup de nos compatriotes, y compris dans nos rangs, préoccupés par la situation, doutent, s’interrogent, formulent des propositions.

Qu’au sein d’un parti, il y ait des interrogations, des débats, c’est normal. C’est sain. C’est utile.

Mais je le dis: faisons attention aux choix des mots, à nos attitudes, à nos comportements, à la manière dont nous nous adressons les uns aux autres.

Les Français nous regardent. Si nous ne montrons pas l’exemple, nous tous, comment pourraient-ils comprendre, retrouver confiance, avoir le sentiment que leurs efforts ont un sens ?

Exigeants, oui, tous les Français le sont. Et ils ont raison de l’être.
Etre aux responsabilités, ce n’est pas baisser les bras à la première difficulté. Etre socialiste, ce n’est pas céder à la facilité, ou à la fatalité !
Le sens de l’Etat appelle la maîtrise de soi ; la maîtrise collective aussi.

Dans le monde actuel, face à des défis colossaux, nous devons agir avec détermination et avec comme objectif de rendre la France plus forte, plus compétitive, plus juste.

Et renforcer la France, c’est d’abord redresser son économie.

Le sens du pacte de responsabilité et de solidarité, annoncé par le Président de la République le 14 janvier, c’est de s’attaquer à la racine des problèmes qui rongent nos entreprises, nos PME, nos PMI, nos artisans, nos commerçants. Depuis dix ans, la perte de compétitivité nous affaiblit alors que la concurrence internationale ne nous fait aucun cadeau.

Dès l’automne 2012, le rapport GALLOIS posait le diagnostic sur l’état inquiétant de la compétitivité française.

La Nation a donc consenti un effort sans précédent. Cet effort était nécessaire. Il va se mettre progressivement en œuvre. J’assume que la gauche fasse ce qui est nécessaire pour renforcer l’économie et donc les entreprises qui créent de la richesse et de l’emploi. Et nous le faisons dans le dialogue, en associant les syndicats aux réformes conduites. Et nous sommes vigilants, exigeants sur les engagements qui ont été pris.

Oui, la Nation a consenti un effort nécessaire. Et c’est donc maintenant aux chefs d’entreprise, parce que nous créons un début de confiance, de faire preuve de patriotisme économique, sur les salaires, en embauchant, en formant, en investissant.

Le réarmement industriel est un combat essentiel. Parce que l’industrie, c’est un moteur pour le développement de notre pays. Pour sa force ! Depuis deux ans, nous avons agi sans relâche pour arrêter ce drame national qu’est l’hémorragie des emplois industriels. Et nous nous mobilisons pour développer nos filières prometteuses, notamment la transition énergétique, le numérique, les biotechnologies, qui sont autant d’atouts stratégiques pour notre pays.

Nous devons libérer toutes les énergies productives, soutenir l’investissement privé et public, dans les travaux publics, la construction et le logement, grâce notamment à nos collectivités territoriales. Elles doivent pouvoir investir. J’y veillerai.

Nous devons, aussi, renforcer l’attractivité de la France, dans tous les domaines – je pense au tourisme – et donner envie d’investir sur notre territoire.

C’est aussi pour cela que nous avons engagé ce grand chantier de la simplification, car il faut arrêter de créer des normes, des règles qui compliquent la vie des entreprises. Et qui compliquent la vie quotidienne des Français.

Alors bien sûr, il nous reste encore beaucoup de blocages à lever. De réformes à mener. Réformer pour débloquer. Mais pas pour aller en arrière. Je le réaffirme ici, simplement et clairement, car je ne veux pas de faux débats, il n’y aura pas de remise en cause des 35 heures, pas de remise en cause de la durée légale du temps de travail.

Nous devons donc nous attaquer, avec pragmatisme, à tout ce qui entrave notre économie depuis des années, des décennies.

Nous le ferons avec une grande loi sur la croissance et le pouvoir d’achat. Elle portera des mesures fortes pour remettre en cause les rentes, les monopoles de certaines professions, pour redonner de la souplesse et favoriser une concurrence qui profitera aux Français.

Nous devons aussi lever les blocages qui empêchent la réussite de notre politique d’apprentissage. Nos voisins ont montré, depuis bien longtemps, combien l’apprentissage est important pour l’insertion professionnelle des jeunes. A nous de nous y mettre aussi !

Je pense à tout cela, mais une de nos premières priorités – une tâche qui a été mise sous le tapis depuis des années … – c’est réduire nos déficits. Car tant que nous accumulerons de la dette, tant que nous vivrons au-dessus de nos moyens, nous courrons le risque d’être à la merci des marchés financiers. Nous ne pouvons augmenter la dépense publique ; elle atteint déjà 57% des richesses que nous produisons. C’est pour cela que nous devons engager la réforme de l’Etat et celle des collectivités territoriales.

Pour autant, la réduction des déficits ne doit pas se faire par dogmatisme. Ce n’est pas un but en soi. Sur cette question, il n’y a pas avoir de débat entre nous. Il faut adapter le rythme de réduction des déficits à la situation économique, au niveau de croissance.

Disons les choses clairement. Pour mieux définir le sens de ce que nous faisons.

Quand nous créons 60 000 postes dans l’Education nationale pour refaire de l’école une priorité, nous ne faisons pas de l’austérité.

Quand nous préservons les missions du budget de la Culture pour la création et le spectacle vivant nous ne faisons pas de l’austérité.

Quand nous créons des postes de policiers, de gendarmes, pour garantir la sécurité des Français sur tout le territoire – dans les quartiers populaires, dans les zones rurales –, nous ne faisons pas de l’austérité.

Quand nous créons des postes dans la Justice, la pénitentiaire, et pour mettre en œuvre la réforme pénale, nous ne faisons pas de l’austérité.

Quand nous agissons avec les emplois d’avenir pour permettre aux jeunes de débuter dans la vie, nous ne faisons pas de l’austérité.

Bien sûr, je connais comme vous les difficultés que vivent de millions de Français au chômage ou dans la précarité. Mais quand nous augmentons le RSA de 10%, quand nous mettons en place un grand plan de lutte contre la pauvreté, nous ne faisons pas de l’austérité.

Quand nous augmentons l’allocation de rentrée scolaire que viennent de toucher des milliers de familles, nous ne faisons pas de l’austérité.

Alors, ne caricaturerons pas nous-mêmes notre action – d’autres s’en chargent ! – sachons expliquer, valoriser ce que nous faisons ! Soyons en fiers !

Nous faisons des choix calibrés, équilibrés. Ils visent à préserver notre modèle social.

Nous tiendrons notre objectif de 50 milliards d’économies dans les dépenses publiques. C’est cela le sérieux budgétaire. Et que dit la droite dans ce domaine ? C’est d’ailleurs la seule chose qu’elle propose … Elle voudrait 100 ou 150 milliards ! C’est de la folie ! Combien de professeurs, de policiers, de gendarmes, d’infirmiers en moins ? C’est tout simplement une mise en cause du fondement de notre pacte social. Voilà la vraie confrontation !

Et si nous réduisons nos déficits, ce n’est parce que l’Allemagne en aurait décidé ainsi, ou parce que ce choix nous serait imposé. Non ! Nous le faisons pour nous-mêmes.

Et nous devons le faire tout en baissant la pression fiscale, car les impôts ont atteint un niveau insupportable pour les Français. Un premier pas a été accompli en direction de plus de 4 millions de ménages dès cette rentrée. Et nous poursuivrons ce mouvement en 2015.

A nous de relever un grand défi aux yeux de l’Europe, aux yeux du monde : prouver que la France peut se relever avec ses propres solutions, en assumant ses choix, en préservant son pacte social, et ayant confiance en elle.

C’est aussi en menant à bien nos réformes structurelles que nous pourrons faire avancer nos idées en Europe. Pour plus de croissance ! Plus d’emplois !

Ce que nous attendons de l’Europe, nous ne cessons de le répéter depuis des semaines : c’est un engagement puissant pour la croissance et pour l’emploi.

En avril dernier, nous étions très isolés en Europe sur cette question. Je me souviens de réactions très vives suite à ma déclaration de politique générale. J’avais alors dit que l’euro était surévalué.

Cette idée a fait son chemin. Je le constate.

La Banque Centrale Européenne a fait un premier mouvement remarqué début juin qui a entrainé une baisse de l’euro de 6%.

Cela peut paraître faible, mais appliqué à toutes nos entreprises exportatrices, cela représente des dizaines de milliers d’emplois préservés.

Ces décisions de la Banque Centrale ont constitué un signal fort. Devant la faiblesse de la reprise économique, devant le niveau élevé de l’euro, devant le risque de déflation dans certains pays, la BCE agit enfin pour soutenir la croissance.

Mais il faudra aller encore plus loin. Et dans son dernier discours, le Président de la BCE, Mario DRAGHI, a déclaré qu’il se tenait prêt à d’autres types d’intervention.

Alors reconnaissons-le : la politique monétaire a commencé à changer. Mais il faut aller plus loin.

Le président de la BCE a aussi recommandé une politique globale de la demande au niveau européen accompagnée de politiques nationales structurelles. La politique budgétaire doit jouer un rôle plus important aux côtés de la politique monétaire. Mario DRAGHI souhaite même que la flexibilité inscrite dans les règles actuelles soit utilisée pour s’ajuster à une croissance trop faible. Il a enfin ouvert le débat sur l’orientation globale de la politique budgétaire en Europe, et soutenu un vaste programme d’investissement public européen.

La position du Président de la BCE aujourd’hui, c’est celle portée depuis deux ans par le Président de la République. C’est celle qui est prônée par de nombreuses institutions internationales, par des économistes. C’est celle que je porte depuis cinq mois.

Hier, nous nous sommes retrouvés avec le Président de la République et les leaders sociaux-démocrates européens. Tous, avec Matteo RENZI, Sigmar GABRIEL, partagent les mêmes analyses : l’investissement est à niveau trop bas en Europe. La présidence italienne organisera un conseil européen consacré à la croissance et à l’emploi, et suivant la proposition du Président de la République, il y aura également un conseil de la zone euro.

Donc les choses bougent.

Mesurons ensemble le chemin parcouru !

Et nous allons continuer, dans les semaines qui viennent, à convaincre, car le temps presse !

Nous allons travailler à concrétiser les 300 milliards d’euros que le nouveau président de la Commission, Jean Claude JUNCKER a annoncé. Mais Jean-Christophe a raison : tous les pays doivent prendre leurs responsabilités. Et l’Allemagne ne peut pas échapper aux siennes. Elle aura aussi besoin d’une relance.

Mes chers amis,

Pour se renforcer, la France doit redresser son économie, mais elle doit savoir aussi se retrouver. Se retrouver pleinement.

Notre pays est traversé par de nombreuses fractures, économiques, sociales, culturelles, géographiques identitaires.

Nous devons faire face à la montée très préoccupante de l’intolérance, du racisme, des actes et des paroles antisémites, antimusulmans, anti-chrétiens, homophobes.

Il y aussi la radicalisation qui pousse des Français, et notamment des jeunes, à aller mener le djihad au-delà de nos frontières et à nourrir le projet de frapper leur pays au retour. La radicalisation, c’est un grand danger qui génère des peurs légitimes parmi nos concitoyens. Le Français qui a commis l’attentat au musée juif de Bruxelles était un membre de l’EIIL dont nous connaissons les actes de barbarie en Syrie et en Irak. C’est une menace pour l’équilibre du Moyen-Orient. C’est une menace globale peut-être sans précédent.

Chers amis,

Ce que je crois profondément, c’est que beaucoup de Français ont perdu de vue ce qui les unit.

Je suis fier d’être Français. Je sais ce que je dois à mon pays. Et je me bats, chaque jour, pour lui rendre ce qu’il m’a donné. Et comme vous, je veux que tous les enfants de France soient fiers de leur pays, s’y sentent à leur place. Comment alors accepter que des jeunes, dans nos quartiers populaires, aillent chercher d’autres appartenances que celles de la République ?

Si nous assistons à cela, c’est bien qu’il y a un problème.

Et quand il y a un problème, il faut savoir ouvrir les yeux.

Si certains tournent le dos à la République, font le choix du repli, c’est aussi parce que la République n’a pas su, et ne sais plus, tenir toutes ses promesses.

Ayons le courage de dire que 30 ans de politiques d’intégration, destinées à des populations choisies pour leurs origines, ont fait fausse route.

Moi, je ne connais que les politiques de citoyenneté. Celles qui font que, peu importe ses origines, sa couleur de peau, que l’on ait des ancêtres en France ou qu’on y réside depuis peu, on puisse être un citoyen à part entière, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Mon expérience de maire d’Evry m’a appris combien nous devons parler à nouveau aux quartiers populaires. Pour leur redonner confiance. Cela passe bien sûr par l’école, la formation, l’emploi, par une politique de la ville ambitieuse, et une lutte acharnée contre les discriminations. Cela passe aussi, et surtout, par le respect, la reconnaissance.

C’est à une immense mobilisation vers ces quartiers que je vous appelle. Nous devons adresser un message à cette jeunesse qui n’est pas un problème pour la France, mais un atout, une chance.

Arrêtons de stigmatiser des populations en les ramenant constamment à leurs origines, à leur religion. Et je pense en particulier à l’Islam. L’Islam, c’est la deuxième religion de France. Elle doit bien sûr s’organiser dans le cadre des valeurs républicaines. Mais dans notre pays, les musulmans ont le droit d’être considérés pour ce qu’ils sont : des citoyens à part entière. C’est aussi cela la laïcité.

La laïcité, c’est notre richesse, notre bien commun. Faisons la vivre. Expliquons la ! Défendons la. Partout, et tout le temps. Et surtout quand des pratiques religieuses ou des intégrismes veulent s’affranchir des lois de la République notamment en niant l’égalité entre les femmes et les hommes.

Cette politique de citoyenneté que j’appelle de mes vœux nous devons l’engager maintenant. Les Français l’attendent.

Ils ont besoin que soit réaffirmée une communauté de valeurs.

Ils ont besoin que soit restaurée l’autorité et les règles, car sans ordre républicain, ce sont toujours les plus faibles et les plus démunis qui souffrent. Agir en priorité pour celles et ceux qui souffrent le plus de la violence, de la délinquance, c’est le sens de notre politique de sécurité.

Nos compatriotes ont besoin que nous rebâtissions ensemble une France qui parle au cœur de tous.

Pour cela, il faut renouer avec nos symboles républicains. Nous les avons délaissés, parce que nous les pensions ringards, dépassés. Et d’autres, encore hier, les partisans du rejet et du déclin, s’en sont alors emparés pour les détourner.

Nos symboles, ce sont notre drapeau, notre devise, notre hymne notre fête nationale, mais ce sont aussi tous les moments qui tissent un lien entre le citoyen et la République.

Et d’ailleurs, comment ne pas souligner l’engouement autour de cette année de commémorations du Débarquement de Normandie, de Provence, de la Libération de Paris, du maquis du Vercors. Ces commémorations nous ont permis de nous retrouver autour de notre histoire et de nos valeurs universelles. Elles sont plus que jamais indispensables

Face aux dérèglements du monde, nous devons être fiers de l’action de nos armées et de la France au Mali, en Centre-Afrique ; fiers également de notre soutien actif aux Kurdes et aux Chrétiens d’Orient. Nous combattons sans relâche le terrorisme avec nos partenaires et dans le cadre du droit international. Et celui qui incarne cette politique, c’est le Chef de l’Etat. Nous devons le soutenir. Et plus encore face à une droite inconséquente qui, faute d’idée et de leader, ne mise que sur la déstabilisation de nos institutions.

On ne joue pas avec les règles, les principes, les valeurs de la République.

Chers amis,

Dans les moments de doute, il faut savoir retrouver l’essentiel : rassembler la Nation autour de ses valeurs.

Il faut aussi réaffirmer nos grands principes.
Et un des grands principes de la gauche, pour lequel elle s’est toujours battue, mobilisée, c’est la lutte contre les inégalités et les injustices.

Vous le savez comme moi : trop de Français ont le sentiment que les difficultés touchent toujours les mêmes ; que seules les personnes les plus favorisées, économiquement et culturellement, arrivent à s’en sortir. Et eux, classes populaires, classes moyennes, se sentent alors asphyxiées et attendent une aide qui ne vient pas.

La gauche s’est toujours placée aux côtés des plus faibles, des exclus, des moins bien lotis, pour les défendre.

Alors, plus que jamais, j’appelle la gauche à se remettre du côté de ceux qui aimeraient croire un peu plus en la France, pour peu que la France croie un peu plus en eux.

Encore une fois, avant de s’attaquer à un problème, il faut savoir le regarder de manière lucide, sans tabou.

Il est inacceptable que les enfants n’aient pas la même chance de réussir dans la vie, selon qu’ils sont nés à Neuilly ou dans les quartiers populaires !

Il est inadmissible que des étudiants, ou des personnes âgées, aient du mal à se soigner ; que l’accès au logement reste une véritable « galère » pour des millions de Français, y compris et de plus en plus de classes moyennes.

Il est révoltant, oui révoltant, que certains continuent à s’accorder des dividendes et des bonus indécents quand tant de gens – tant de jeunes – sont au chômage. Et quand tant d’autres, qui travaillent dur, ont pourtant tant de mal à boucler leurs fins de mois !

Mais il est tout aussi inacceptable qu’à revenu égal, à situation comparable, deux individus n’aient pas les mêmes droits ou ne perçoivent pas les mêmes aides.

Tout aussi inadmissible que, lorsque certains travaillent dur pour gagner peu, d’autres puissent aussi facilement se dérober à leur responsabilité de citoyens.

Tout aussi révoltant, enfin, que certains paient leurs amendes pour des erreurs mineures, quand d’autres, parce qu’ils ont des connexions ou appartiennent à une élite, ont souvent des passe-droits.

Dans la République, il n’y a pas de « deux poids – deux mesures », pas de citoyens de seconde zone ! Il y a une loi qui doit s’appliquer à tous, sans distinction.

La gauche doit aider les plus démunis, mais elle ne doit pas oublier les classes moyennes, ou décourager tous ceux qui travaillent, qui produisent cette richesse dont notre pays a tant besoin. La gauche doit aider chacun à vivre dignement de son travail.

Et ne laissons jamais s’installer toutes ces caricatures sur l’assistanat : aucun Français ne rêve de vivre des minimas sociaux ! Alors mettons plus d’énergie à leur garantir du travail, à les former, à mettre toutes les chances de leur côté pour qu’ils puissent saisir les opportunités qui leur sont offertes. Et c’est ce que nous faisons avec la fusion entre le RSA activité et la prime pour l’emploi, qui permettra de mieux soutenir les travailleurs pauvres.

L’emploi. L’emploi. L’emploi. Il sera au cœur des prochains rendez-vous annoncés par le Président de la République: sur l’apprentissage, sur la garantie jeune, sur l’investissement et le financement de l’Economie, sur le suivi du pacte.

Je connais les débats qui peuvent exister autour des notions d’égalitarisme, d’équité … Mais parlons simplement. Retrouvons, et faisons vivre pleinement, cette belle idée d’égalité.

C’est le sens des politiques que nous menons avec la loi Santé qui généralisera le tiers payants ; la loi sur le vieillissement – débattue prochainement – qui doit permettre à chacun de vieillir dignement ; ou encore la loi sur la justice citoyenne qui rendra la justice du quotidien plus accessible.

Nous le savons tous : l’égalité, elle commence d’abord à l’école. L’Ecole de la République que nous devons réinvestir, car depuis trop d’années, elle a tendance à reproduire les inégalités plutôt que les combattre.

Nous avons commencé à agir avec les créations de postes, la priorité au primaire, la relance de l’éducation prioritaire, la réforme des métiers de l’éducation. Et dans quelques jours, pour cette rentrée, toutes les écoles mettront en œuvre la réforme des rythmes scolaires. C’est le chemin nécessaire pour donner à chacun la meilleure chance de réussir. Alors, soyons fiers de cette réforme ! Elle s’appliquera. Partout. Car c’est la loi de la République.

Oui, nous augmentons les moyens de l’école. Mais cela ne suffit pas. Il y a toujours trop d’échec. Alors nous devons aller plus loin en repensant l’école, ses projets, sa pédagogie. C’est une magnifique ambition dont nous devons tous nous emparer. Car quel plus beau projet pour un pays que d’investir dans sa jeunesse, de lui donner tous les moyens de réussir sa vie ?

Permettez-moi à ce stade une remarque : j’ai entendu, depuis quelques jours, de nombreuses réactions, de nombreux commentaires, sur un jeune ministre qui venait d’être nommé … Des commentaires avant même qu’il n’ait eu le temps de faire ses preuves. Mais j’aurais aimé, qu’à l’unisson, nous nous félicitions davantage que la République ait su reconnaitre les compétences, le travail, l’engagement. Et notamment en confiant, pour la première fois, à une femme, elle aussi jeune, Najat VALLAUD- BELKACEM, cette lourde mission d’être à la tête du ministère de l’Education nationale.

Mes chers amis, c’est là le sens de notre action : renforcer notre pays pour que ce mouvement profite à tous.

Retrouver la croissance, réarmer notre industrie, rebâtir l’école, c’est replacer la France sur le chemin du progrès économique.

Et notre projet a toujours été le progrès. Le progrès au sens le plus large. Le progrès social, bien sûr! Mais aussi le progrès industriel, technologique, scientifique. Et comment parler de progrès sans parler de culture. La culture, c’est l’ouverture aux autres. C’est l’émancipation pour chacun. C’est le rayonnement. C’est notre langue et notre exception culturelle. Ce sont aussi les enjeux du numérique. C’est aussi une solution juste et durable pour les intermittents du spectacle. Et je sais combien Fleur PELLERIN saura s’investir sur ces sujets tellement importants pour notre pays, pour sa cohésion, et pour sa place dans le monde.

Mes chers amis,

Depuis que nos universités d’été existent, je crois n’en avoir manqué aucune, comme militant du MJS, du PS, comme élu, comme ministre, comme Premier ministre désormais.

Je connais bien les débats qui peuvent agiter notre parti. Et encore récemment au sujet du non-cumul des mandats. Mais nous l’avons fait. Et je suis fier d’avoir porté cette loi. Je pense aussi au débat sur la réforme territoriale. Nous la ferons ! En écoutant les élus ! Et c’est pour tous ces débats … que j’aime les socialistes.

Je connais nos réflexions permanentes sur nos positionnements, ou notre ligne idéologique : Parti socialiste, parti social-démocrate … A toutes ces réflexions, j’ai participé … Et je suivrai attentivement, cher Jean-Christophe, la belle démarche d’Etats généraux que tu as enclenchée. Elle est utile.

Mais avoir des débats entre nous ne doit jamais nous détourner des Français. Car la gauche n’est jamais si grande que quand elle s’adresse au plus grand nombre. Et dans le monde actuel, la gauche n’a jamais été aussi nécessaire, pour affirmer le rôle de la puissance publique, pour réguler, pour défendre la justice sociale, pour retrouver l’espoir.

Il n’y a pas d’un côté la gauche qui gouverne et de l’autre la gauche. Il y a la gauche en mouvement pour que la gauche avance.

La gauche, celle qui gouverne, c’est tenir quand toutes les digues s’apprêtent à rompre. La gauche, celle qui gouverne, c’est faire surtout quand c’est difficile.
La gauche, celle qui gouverne, ce n’est pas : revenir, ajourner, rétrograder.
La gauche, celle qui gouverne, c’est avancer, réformer, progresser !

La gauche, celle qui gouverne, c’est aller chercher l’espoir surtout quand il n’y en a plus.

La meilleure façon de ne pas renoncer à l’idéal, c’est de ne pas renoncer au réel ! *

Je sais quelle est ma mission. J’en mesure les exigences.

Je sais dans quelles circonstances j’ai été nommé, par le Président de la République à l’issue des élections municipales.

Et je n’ignore rien des doutes et de la défiance généralisés des Français. Et y compris leurs questionnements sur notre capacité à gouverner.

Mais nous gouvernons, nous sommes aux responsabilités, avec François HOLLANDE, comme nous l’avons été avec François MITTERRAND puis Lionel JOSPIN. Et toujours nous avons su faire avancer la société.

Nous sommes les héritiers de l’avenir.

Bien sûr, le contexte est différent. Le monde a changé totalement. Mais nos valeurs, nos ambitions, nos exigences ne changent pas.

Il n’y a ni virage, ni tournant. Il y a une ligne : celle de la vérité, de la réforme et de l’efficacité.

Rétablir la confiance. Faire confiance. Pour donner confiance. C’est la clef de tout.

Ce n’est pas en renonçant à ce qui est difficile que les difficultés disparaissent. Alors ayons le courage d’agir, de gouverner dans la durée, pour que les choses changent vraiment.

Mais rien ne se fera sans le rassemblement le plus large. Le rassemblement de toutes les forces vives de ce pays, le rassemblement de tous les Français !

Mais rien ne se fera sans vous, sans nous les socialistes, les élus, les parlementaires – et je salue Bruno LE ROUX, Claude BARTOLONE, Didier GUILLAUME, Jean-Pierre BEL. Mais j’ai surtout besoin de vous, militants dont je connais l’énergie, l’engagement, le courage.

Alors, en-avant, debout, debout, relevons la tête ! Soyons fiers de nous-mêmes.

Car quoiqu’on dise, moi je sais que les Français ont envie d’y croire. Que l’espoir, l’invincible espoir, d’un lendemain meilleur existe toujours. Et c’est à nous, nous tous, ensemble, de le porter !

Vive la République ! Vive la France !